Je vivais dans une certaine insouciance, mordant la vie par là ou elle se présentait. Je buvais plus que de raison, je me couchais tard, je me levais tard. J'enchainais les soirées, les fêtes, les restaurants, les dates avec parfois deux rencarts dans la même soirée. Je me faisais emmener dans des appartements, des chambres improbables ou je finissais par découvrir ou je suis, seulement le lendemain matin, décuvant en cherchant une station de métro. Je tenais une liste de mes activités sexuelles ou se côtoyait des dizaines de prénoms depuis cet été. J'avais aussi en stock dans mon Blackberry des tonnes de photos, des souvenirs de rencontres, des moments volés, j'avais ces gens, ces endroits que je ne reverrai pas, plus. Je surfais avec différents état d’âmes mais souvent heureux mais bancal sur la vague new yorkaise, le tout à ma sauce. Puis je me suis fait agresser.
Je rentrais sagement d'une soirée sage passée avec V. La soirée était pleine de promesses mais au final ne les a pas tenues. De ce fait nous avions décidés d'aller refaire le monde autour d'un café nocturne dans la rue sur des chaises tombées à pic.
Puis j'ai repris mon métro pour rentrer sagement.
Ma ligne étant en travaux ce weekend là, mon train s'est arrêté à la station d'avant. Chose courante, on vit au gré des changements de ligne et des modifications de trajets à New York. J'ai préféré sortir et marcher quelques blocs en fumant une dernière cigarette plutôt que d'attendre des plombes un autre maudit métro juste pour une station. Je suis donc sorti, je me suis allumé ma cigarette, il n'y avait personne. Désert. J'ai traversé, je voyais au loin les grands immeubles du bout de ma rue. J'écoutais mon Ipod, j'étais dans mon monde.
C'est là qu'un mec m'a attrapé par derrière et par surprise, m'a ceinturé et m'a déstabilisé pour qu'on tombe entre les voitures. J'ai hésité entre la peur et l’incrédulité. Je l'ai jaugé et repensé à ce jeune qui venait une semaine avant de se prendre une balle a quelques blocs de là. Puis quelques insultes en français après, il est reparti avec mon portefeuille, mon Blackberry, mes souvenirs, ce, mon lien vers l’extérieur et mon passeport qu'il a m'a redonné en le jetant. Puis il est parti, je ne l'ai jamais revu.
Cet enculé m'a laissé à terre, blessé à la lèvre, et est parti utiliser ma carte de crédit le temps que je contact la police.
Je ne le reverrai jamais mais il vient de modifier sans le savoir mon état d'esprit déjà bancal.
Maintenant j'ai peur, je me retourne de peur d'être à nouveau attaqué par derrière, je change mes itinéraires, je ne suis plus jamais seul dans la rue, je dévisage et jauge tout le monde. Je ne me sens bien dehors qu'avec d'autres personnes. Ça me passera.
Maintenant j'ai peur, et je vivais sans ce sentiment auparavant, ce qui me permettait de me réveiller à Harlem ou à Bedford Stuyvesant sans aucuns arrières pensées. Je pouvais me balader partout et avec tout le monde. Je n'avais peur de rien, ni de personne et je le clamais haut et fort.
Après coup, j'ai mal vécu cette agression, ce vol. Je n'avais jamais senti le danger et je m'en portais plutôt bien. Je viens de perdre cette insouciance et ça change tout à mon rapport avec les autres. Ça à changé automatiquement mon impression et ma vision.
Cette agression, même minime puisque je n'ai été que légèrement blessé, a changé mon état d'esprit et je ne pourrais plus jamais l'ignorer.
Je hais ce type rien que pour ça