Vendredi soir, en voiture dans Paris, je reçois un coup de téléphone de R. Normal, on bavarde, il me rassure. Ça me fait plaisir en tout cas. Je suis en voiture à la recherche de la place de Clichy pour Montmartre, la rue des Martyrs, Michou, Abbesses et la rue Lepic en particulier.
Direction donc la place de Clichy avec R en ligne. On oublie le code de la route.
Soudain au détour d'une phrase, il me dit qu'il va prendre un café avec M sur Genève cette semaine. Je creuse un peu l'info, je creuse encore... Pas longtemps, je comprends assez vite... On rigole... Je vois moi M samedi sur Paris. Le monde est petit. Tout ça m'énerve en fait, je perds du coup le fil de la place de Clichy pour en fait suivre la porte de Clichy, la conversation continue et moi je suis paumé en voiture sous la pluie à presque l'opposé de ma destination. Troublant coup de téléphone en fait qui aura eu raison de mon sens inné de l'orientation dans Paris. R me poursuivra donc tout le temps. On partage beaucoup de choses ensemble. J'aime.
Je reçois un sms de R, je l'appel, il voulait me voir, on bavarde un moment, je lui raconte cette anecdote, je devais me débarrasser de ça. C'est dur à garder pour soi ce genre de hasard.
Rue Lepic et forcément pas de places pour me garer. Je suis juste derrière la maison de Dalida. Rien n'a changé, sauf que l'on voit plus Delanöé dans le quartier depuis 20 ans. Presque 1h de retard perdu dans les bouchons entre les sex shop et mon Paris by night au téléphone coupant la route aux bus. Un avis de recherche doit certainement être lançé sur moi. Plus le temps, plus le choix, je me gare en double file. J'ai décidé de rester attentif au klaxon des autres si jamais. C'est Paris. Je renverse au passage une moto garé là derrière moi. Je mets pas mes warnings, ça décharge la batterie et j'aimerais au cas ou, repartir en trombe et pas caler si je devais me faire poursuivre par le club des motards montmartrois. Excité et un tant sois peu énervé par mon trajet et ses aboutissants, je m'installe à la table de L et A. Je parle, je parle sans cesse. Ils arriveront à placer tant bien que mal leurs fiançailles il y a quelques jours. C'était l'info pourtant de la soirée engloutie par les miennes. La soirée fut dense, je devais venir prendre le dessert, j'ai bu que du vin et du coca light, parler assèche mais n'ouvre pas l'appétit. 2ème info de la soirée !
Samedi, le rendez vous est fixé pour 15h en haut des Champs Elysées. M arrive avec le 1/4 d'heure parisien indispensable. Les grands esprits se rencontrent.
J'ai beaucoup de souvenirs dans ce lieu pas commun. C'était la 3ème fois que j'y allais. La 1ère fois avec A, on sortait du cinéma d'en face, "La confusion des genres" était notre choix du jour. A en a presque vomi ! Moi... un choc, je venais de comprendre que ma vie allait changer à jamais. On a donc bu des coups dans un décor de pompe à essence américaine. La 2ème fois, seul, je voulais faire plaisir à R en lui ramenant une serviette du restaurant. R était en fait, en stage chez leur principal concurrent... Effet raté.
2 cafés, 1 chocolat, 1 vittel, 19 euros, nous aurons eu le mérite de parler de Lutry et de Neuchatel. Improbable dans cet endroit à cet instant. Nous avons parlé de beaucoup d'autres choses. Les toilettes, avec leurs portes opaques quand on ferme le verrou. Nous sommes allés vérifier. Ce n'était pas les toilettes du bar mais celle du restaurant au final. A la place, une glace, une photo en noir et blanc, reflet d'un moment. Des photos encore, l'arc de Triomphe en fond cette fois, une touriste de province nous prenant pour des touristes du bout du monde nous propose son aide.
Il est 18h et j'ai rendez-vous à... 18h à l'autre bout de Paris. Pourtant je suis pas pressé. La vie est belle place de l'Etoile. Le RER pris dans mes pensées et les sms que je reçois et auxquels je réponds, je rate ma station. J'arrive avec 1h15 de retard, P en est presque devenu fou. Dîner familial et retrouvailles chaleureuses, douche salvatrice et la promesse de revoir M le soir même, débarrassé de nos familles et loin de la banlieue ou nous sommes. On se sms, on se raconte nos trajets, la pluie, et presque le menu. Le temps passe vite, trop vite, le samedi soir aussi.
Dimanche, nos chemins se croisent avec un avantage pour M, et presque 2h d'avance sur mon train. J'ai quitté ma 1ère classe pour aller au bar. Le wagon était devenu un champ de bataille. Je suis au téléphone, j'écris, je réponds. Je ne ferais pas le voyage seul.
Une trentaine de sms plus tard, quelques appels, je suis à Lausanne avec la promesse de se revoir vite. Le hasard fait bien les choses, je suis un privilégié. La vie m'aime bien malgré les évènements. Je galère mais je suis de rares fois récompensé. Et quelles récompenses ! J'en ai déjà parlé ici.
Je sens que bientôt la Suisse ne m'apportera plus grand choses. Je le sens depuis quelques mois déjà. Je n'ai pas encore fait le tour, mais Paris me tend les bras. C'est peut être le moment d'y réfléchir sérieusement. Je me laisse quelques temps pour faire un bilan. Je suis parti de Paris en quelques semaines. J'y reviendrais aussi vite. Ma vie est de plus en plus là bas. P a besoin de moi en plus. J'ai ici un boulot passionnant, une chance inouïe, un affectif avec le pays qui me taraude depuis tout petit, un appart qui me plaît de moins en moins, des amis en or, des rencontres qui me tiennent à coeur... des gens qui me suivront partout. Je vais réfléchir. L'avenir me le dira !