« Derrière les ruines des crématoires II et III se trouvent des fosses rectangulaires. L'eau d'anciennes pluies y stagne. Les plantes des anciens marais y renaissent. Mais l'eau est sombre et la vase noire. On y déversait les cendres. Tout autour poussent des grands trèfles. Un tracteur y fauche la pitance des vaches que les Polonais, alentour, promènent, en laisse, comme des chiens. Nous marchons en silence dans le silence. Une brise chaude éveille les peupliers, dressés comme des cierges de pâques. On voudrait ne voir ces lieux que sous un ciel bas et noir. On voudrait avoir froid. Comment imaginer la mort dans ce tapis de trèfle, sous ce soleil d'automne, si rond, si beau ? Nous marchons et d'autres marchent. Devant nous, derrière nous. Ils photographient. Ils écoutent les explications d'un guide. On se croise. Sans se voir. On n'ose pas. Ce lieu ouvert est le plus clos du monde. A qui parles-tu, dit-elle. A qui parler ?
Vois ! Mais tu dis qu'ici, on ne voit rien... Ferme les yeux !
Des millions de fantômes rayés. Des millions de mains tendues. Des millions de regards. Pourquoi ? Mais pourquoi quoi ? Leur mort ? Ma vie ? Ta vie ? Comme si c'était le Destin; comme si c'était écrit. Mais nous savons, nous, qu'au bout de cette voie ferrée, tout au bout, quelqu'un quelque part signait un ordre. Quelqu'un pour qui un homme était un juif et un enfant juif un problème administratif. Quelqu'un qui, le soir, dînait en compagnie, quand les flics qu'il avait requis arrachaient à la nuit des enfants bouclés. Vois! Ce sont leurs cheveux; leurs chaussures; leurs jouets... Appelle-les, ils sont là ! »
Vois ! Mais tu dis qu'ici, on ne voit rien... Ferme les yeux !
Des millions de fantômes rayés. Des millions de mains tendues. Des millions de regards. Pourquoi ? Mais pourquoi quoi ? Leur mort ? Ma vie ? Ta vie ? Comme si c'était le Destin; comme si c'était écrit. Mais nous savons, nous, qu'au bout de cette voie ferrée, tout au bout, quelqu'un quelque part signait un ordre. Quelqu'un pour qui un homme était un juif et un enfant juif un problème administratif. Quelqu'un qui, le soir, dînait en compagnie, quand les flics qu'il avait requis arrachaient à la nuit des enfants bouclés. Vois! Ce sont leurs cheveux; leurs chaussures; leurs jouets... Appelle-les, ils sont là ! »

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